HAMLET et ORESTE : le NORD et le SUD

Publié le par C.K.

Il est facile de faire le rapprochement entre Hamlet et Oreste. Le père assassiné. Le fils se venge. Le beau-père et la mère meurent. Mais c’est un joli raccourci car leur histoire diffère en beaucoup de point et même si Shakespeare avait puisé dans les sources chaudes grecques, il en a tiré une eau froide, voire glaciale qui ne pouvait provenir d’aucune terre ensoleillée.

Hamlet est fils unique. Oreste non. Ainsi Hamlet est l’individu. Oreste est une part de la famille. Hamlet est hors de la famille. Il est hors du monde. Hors de notre monde. C’est une météorite froide qui va finir par percuter la terre sans causer aucune explosion mais le choc sera terrible, silencieux et final. Oreste est un feu qui brûle, les forêts sont dévastées, tout le monde crie autour, les gens s’agitent, les sœurs pleurent, les frères s’offensent et le feu avance petit à petit mais il s’éteindra.

Hamlet est une vaste étendue de glace. La blancheur à perte de vue laisse place à la réflexion. Le sang glacé fige l’action. Hamlet marche. Oreste transpire, les gouttelettes qui défilent sur son visage gênent sa vue, son sang est bouillant à travers les veines. Oreste court. Et pourtant Hamlet arrivera le premier.

Hamlet est un iceberg. Sa face cachée est énorme et vous coupe le souffle. Oreste est la plus haute dune d’un désert, vous vous essoufflé avec lui.

Hamlet joue le fou. Oreste devient fou. Hamlet se joue d’Oreste. Hamlet est l’exception à « plus on est de fou plus on rit ». Un seul fou suffit : Hamlet. Hamlet se joue si bien de la folie qu’elle devient Hamlet.

Hamlet ne tue pas sa mère. Oreste oui. Hamlet ne sera jamais coupable. Oreste tue et sera condamné.

Le meurtre d’Oreste l’enlise dans le sable mais les traces ne sont pas indélébiles tandis qu’ Hamlet s’envole avec le vent du nord pour recouvrir la terre et à chacune de nos respirations venir se loger dans nos poumons. Nous respirons Hamlet et de temps en temps, malade, nous vomissons Oreste.

Hamlet est plus grand qu’Oreste.

Hamlet a tué Oreste. Pacifiquement. Le vent a soufflé sur la bougie.

Le froid du Nord conserve le corps d’Hamlet. La chaleur du Sud pourri celui d’Oreste. Les vers y sont invités à souper par Hamlet : il y a vraiment quelque chose de pourri au royaume du Danemark.

 

Publié dans HAMLET ANALYSE

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